La Voie du Piémont:
un grand itinéraire longtemps méconnu
Prologue
Saint- Lizier, Lourdes, Mifaget, l'Hôpital Saint-Blaise eurent des hôpitaux de Saint-Jacques que n'expliquent aucune des quatre grandes voies décrites par Aimery Picaud. Si l'on ajoute les havres offerts au pèlerin par les Abbayes de l'Escaladieu et de Saint-Pé (aujourd'hui "de Bigorre"), des sanctuaires de l'apôtre comme ceux de Cotdoussan et Asson, on a l'impression qu'il y eut un courant de voyageurs longeant le piémont pyrénéen, jusqu'aux cols accessibles et connus, du Somport et de Roncevaux. Idée suggérée dés 1980 par Henri TREUILLE,, du Centre d'Etudes Compostellanes*; confirmée et soutenue par Bernard DUHOURCAU, auteur de plusieurs ouvrages sur les chemins de St-Jacques et en particulier, dans ses derniers jours, d'une "Voie du Piémont Pyrénéen " . C'est son ouvre de pionnier que nous allons tenter d'approfondir et de préciser.
On nous objectera certes, et avec raison, que plusieurs de ces étapes se trouvent avant tout sur des routes nord-sud. C'est vrai de Lourdes, placée sur la route de Tarbes à Gavarnie, au point que le nom de son hôpital jacquaire, "Garnavie" semble une déformation de celui du village montagnard de Gavarnie. C'est vrai de Saint-Bertrand de Comminges qui commande les chemins du Val d'Aran et de l'Hospice de France. C'est vrai de La Barthe-de-Neste au sud de laquelle se trouvent à la fois le sanctuaire de Jézeau, l'hospice de Rioumajou et la chapelle d'Aragnouet . C'est vrai de Mifaget créé par les chanoines de Sainte-Christine du Somport; de même que le relai, intermédiaire, de Gabas....
Oui, mais... Mais les positions de l'Escaladieu et surtout de l'Hôpital-Saint-Blaise dont le nom est éloquent, se justifient surtout par un cheminement est-ouest. Et si de Mifaget on pouvait indifféremment gagner Gabas (surtout au XII° siècle) ou Roncevaux (plutôt à partir du XIII°), aucune voie notable n'y venait du nord. L'Hôpital et le village de La Pause, sur le "chemin Henri-IV" avaient déjà disparu au temps d'Aimery Picaud. Les pèlerins de Mifaget y venaient en suivant le gave de Lourdes. La vérité est, bien, sûr, qu'il n'y eut jamais de Chemin de Saint-Jacques unique et obligatoire, mais une multitude de chemins diversement pratiqués, et des itinéraires aléatoires qu'une circonstance (l'enneigement d'un col) ou une rencontre (un convoi de marchands) pouvaient modifier.
Il en va du Chemin du Piémont plus que de tout autre. Car il se présente comme une sorte de squelette de poisson: un axe dorsal va bien de Saint-Bertrand à Roncevaux; mais à droite comme à gauche s'y greffent des arêtes latérales. Certaines viennent du nord : à Toulouse, à Auch, à Marciac, à Maubourguet des pèlerins quittaient la voie d'Arles vers les Pyrénées. D'autres allaient au sud pour passer au plus vite en Espagne par le premier "port" en vue. De même quand, à partir du XIII° siècle, la fréquentation de Roncevaux grignotera celle du Somport, nombre de pèlerins continueront leur route depuis Oloron vers Roncevaux via l'Hôpital Saint-Blaise et Mauléon. Ou via Navarrenx. Mais certains couperont court par le col de Larrau; tandis que d'autres rejoindront cet itinéraire depuis Lacommande via Lucq-de-Béarn. De ce "squelette de poisson", nous allons essayer de retrouver l'arête principale, tout en indiquant les embranchements possibles, en aval comme en amont.
Louis laborde-balen
* " Autour d'une variante du chemin de Saint Jacques, de Toulouse vers le Haut Comminges" - Cahiers de Fanjeaux, n° 15 - 1980 - Editions PRIVA
* * "Vers Compostelle - La voie du Piémont Pyrénéen" de Bernard DUHOURCAU - 1993 -Editions J&D
Descriptif général de la voie du Piémont
et articulation avec la voie provençale d'Arles
La voie d'Arles (via Tolosana) , qui emprunte d'abord l'antique voie Domitienne (via Domitia) jusqu'à Montpellier, bifurque ensuite vers l'ouest pour rejoindre Toulouse, via Castres; elle quitte peu après le Languedoc pour pénétrer en Gascogne par Auch, puis en Béarn par Morlaàs, Lescar et Oloron - avant de franchir les Pyrénées au col du Somport (Summus Portus).
La voie Domitienne, quant à elle, traverse l'antique Narbonnaise le long de la Méditerranée jusqu'à Perpignan, pour franchir les Pyrénées au col de Banyuls ou à celui du Perthus (Summus Pyreneus), et rejoindre Gerona et la Tarraconaise.
En quittant la voie Domitienne au Boulou pour obliquer vers l'Ouest, on peut remonter la vallée du Tech par Céret pour franchir la barrière pyrénéenne au col d'Arès et redescendre sur Ripoll par la vallée du Ter, avant de rejoindre le monastère de Montserrat par la vallée du Llobregat (cet itinéraire a été balisé à partir du col).
En la quittant à Perpignan, on peut aussi remonter le cours du Têt par Prades, franchir le col de la Perche peu avant Llivia et redescendre par la vallée du Sègre vers Lerida et la vallée de l'Ebre: itinéraire aragonais qui rejoint le Camino Francès plus à l'Ouest, à Logroño.
On peut aussi la quitter dès Narbonne, remonter la vallée de l'Aude, direction Carcassonne, et de là:
- soit rejoindre Toulouse et la voie d'Arles par le seuil de Naurouze et le Laurageais
- soit s'engager sur notre voie du Piémont - dont l'étape Narbonne - Carcassonne peut alors être considérée comme l'amorce.
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Ainsi qu'il ressort du Prologue qui précède, en vérité il n'y a pas un chemin du Piémont, mais des chemins s'articulant autour d'un axe principal Est-Ouest qui, depuis Carcassonne, rattrape le bassin de la Garonne au sud de Toulouse pour longer ensuite la chaîne des Pyrénées, et d'où partent un certain nombre d' `arêtes' Nord-Sud menant en Espagne pour y rejoindre le Camino Francès (soit directement, soit via la vallée de l'Ebre)..
Après un bref aperçu de la partie de cet axe menant de la vallée de l'Aude à celle de la Garonne - soit de Carcassonne à Saint Bertrand-de-Comminges - le présent guide commence par le tracé (non descriptif) des étapes préliminaires qui, depuis SAINT LIZIER en passant par SAINT BERTRAND de COMMINGES, nous amènent à l'abbaye de L'ESCALADIEU (une centaine de kms.), avec indication de l'itinéraire (récemment balisé) de l'embranchement conduisant à Bielsa en Espagne par la magnifique vallée d'Aure.
Nous avons ensuite tenté de repérer sur le terrain, et de décrire, un itinéraire qui reprend l'axe principal Est-Ouest et nous conduit, en 11 étapes plaisantes au pied de la chaîne pyrénéenne, de l'abbaye de L'ESCALADIEU à celle de RONCEVAUX:
I° étape (16 km.): de L'ESCALADIEU à BAGNERES-DE-BIGORRE
2° étape (25 km.): de BAGNERES-DE BIGORRE à LOURDES
3° étape (15 km.): de LOURDES à BETHARRAM
4° étape (15 km.): de BETHARRAM à BRUGES
5° étape (15 km.): de BRUGES à ARUDY
6° étape (22 km;): d'ARUDY à OLORON
7° étape (20 km.): d'OLORON à L'HOPITAL-SAINT-BLAISE
8° étape (14 km.): de L'HOPITAL-SAINT-BLAISE à MAULEON
9° étape (29 km.): de MAULEON à SAINT-JUST-IBARRE
10°étape (20 km.): de SAINT-JUST-IBARRE à SAINT-MICHEL (ou à SAINT-JEAN-PIED-DE-PORT)
11°étape (22 km.): de SAINT-MICHEL (ou de SAINT-JEAN-PIED-DE-PORT) à RONCEVAUX
NB: Les deux premières étapes font l'objet d'un balisage assez lâche; les suivantes, d'un balisage plus serré.
Nous indiquons, aux principaux embranchements, les branches qui mènent à "Ces autres ports par lesquels on passait..." en Espagne. Nous développons plus particulièrement, dans le présent guide, les deux branches suivantes
- le chemin d'Ossau, d'ARUDY à STE.CHRISTINE-DU-SOMPORT, par le col des Moines
- le chemin de Haute Soule, de MAULEON à OCHOGAVIA, par le col de Larrau
ainsi que, plus sommairement, le chemin du Lavedan, de LOURDES à SALLENT, par le col de la Peyre Saint Martin.
Le col du Somport (auquel aboutit le chemin d'Arles) et le passage de Roncevaux (auquel aboutissent les trois chemins du Puy, de Vézelay et de Tours) sont décrits en détail dans les guides cités plus haut.
Par ailleurs, nous décrivons une bretelle qui quitte le chemin d'Arles à LACOMMANDE, passe par LUCQ-DE-BEARN et rejoint le tronçon souletin de notre chemin sub-pyrénéen à L'HOPITAL-SAINT-BLAISE.